La Biennale est pilotée par un comité d’organisation qui définit les objectifs, pilote le projet et participe à la réalisation de la manifestation. La volonté est à la fois de maintenir une certaine pérennité de ses membres et d’ouvrir à la complémentarité pour les prochaines éditions, aux professionnels du secteur social et médico-social. Il est composé de professionnels et d’étudiants des deux Instituts de formation :
- Marianella Barth, étudiante éducatrice spécialisée, photographe des Editions 2007 et 2009
- Anne Bernard, documentaliste, responsable du comité de sélection, photographe de l’Edition 2009
- Brigitte Berrat, responsable du pôle Formations supérieures et recherches
- Brigitte Cheval, responsable pédagogique ETSUP, responsable de la coordination technique
- Marie Christine Girod, formatrice, responsable de la Biennale
- Marcel Jaeger, Directeur général de l’IRTS
- Bruno Kayser, formateur, responsable de la coordination pédagogique
- Jean-Louis Vincendeau, formateur
Les objectifs
Conscients de la grande diversité et de la qualité de production et d’utilisation du film dans le secteur social, il est important de proposer un évènement culturel, à la fois temps de sensibilisation, de formation et de réflexion.
Le support vidéo est souvent considéré comme un outil à la mode, quasi incontournable pour communiquer, pour informer… La technique est parfois devenue en elle-même un spectacle, reléguant au second plan les idées, la nature du message, la qualité de l’information.
L’audiovisuel, présent dans nos pratiques professionnelles en institutions, est un véritable outil d’accompagnement éducatif par la réalisation, avec les usagers, de films de fiction, de témoignages, de clips de prévention… Même si son utilisation est hétérogène tant au niveau de sa fréquence d’utilisation que de ses modalités, les productions sont abondantes et particulièrement intéressantes.
Le film est aussi un moyen pour les professionnels d’actualiser leurs pratiques et connaissances. Chaque film reflète le point de vue spécifique du réalisateur sur les pratiques dans le secteur de l’action sociale. La notion d’action sociale et médico-sociale évoque une dynamique qui permet aux personnes en difficulté :
- d’être protégées contre les exclusions
- d’acquérir, de préserver ou de retrouver leur autonomie.
L’action sociale englobe une pluralité de formes d’interventions qui relèvent entre autres de l’éducation spécialisée en y associant, autant que possible, les personnes concernées.
L’accompagnement social ne se limite pas à l’intervention des professionnels mais « donne à voir » aussi certaines formes d’accompagnement de personnes en difficulté par des bénévoles, des militants, dans une société en mouvement, parfois complexe.
Dans un même temps, il s’agit de faire la promotion d’œuvres cinématographiques de qualité et d’en faciliter l’accès.
En savoir plus avec les articles du journal « ...Traces »
N°9 - Octobre 2008
La petite enfance sur grand écran
De jeunes enfants de 6 à 12 ans apparaissent à l’écran, ils sont calmement assis en rond et discutent avec intérêt. Ils échangent en toute simplicité avec des adultes : « Si vous avez les dents tombées, peut-être vous mangez trop de bonbons ? Comment y fait pour manger ? » « Y coupe en petits bouts ». Leurs regards se croisent, on partage des bonbons, des confidences, les genoux accueillent... plus tard un grand jeu de Monopoly s’organise, des échanges de dessins... Les adultes s’appellent Dominique, Michel, Philippe, Laïfa.... Ce sont des hommes marqués par les aléas de la vie, marqués par le quotidien lorsque l’on est « sans abri » depuis longtemps.
Ils participent à un projet « un peu fou » : celui de rencontrer les enfants de la Maison de l’Enfance du 7ème arrondissement de Lyon. Ils seront accompagnés tout au long de ce projet, par les professionnels du Service d’Accompagnement Renforcé (SAR). Face aux enfants, malgré la misère, la folie, la solitude et la douleur, ces hommes se livrent1. Ils parlent de l’alcool, de la recherche de nourriture dans les poubelles, des difficultés et du bonheur de la rencontre...
Au quotidien, dans la rue, les rapports vont changer : on se salue... « Ils sont passés dans la rue, ils m’ont reconnu, j’ai eu droit à quinze bises », les enfants offrent un père Noël en chocolat... les parents témoignent malgré quelques réticences en début du projet, que leurs enfants ont moins peur : « Léa réagit beaucoup dans la rue, ça lui ouvre des horizons et elle regarde les gens différemment », Dominique conclut : « beaucoup de bonheur ».
Le regard des réalisateurs enrichit notre perception Autour de l’enfance
Ce petit récit est issu du film Comme des enfants1 ayant reçu le 1er prix en 2007 et diffusé lors de la demi-journée thématique « Construire des solidarités, de l’échange » Ce film nous apporte le regard d’un réalisateur sur la compréhension du monde par les enfants, la qualité et les enjeux du rapport qu’ils co-construisent avec les adultes...
Mais, en tant que professionnel, il est important de prendre le temps de découvrir de nouveaux sujets, d’aborder d’autres aspects d’une situation parce que les choses ne sont pas si simples. Je pense notament à la demi-journée de projection consacrée aux liens parentaux. Le film Accueillir un enfant handicapé ? 1 donne la parole aux parents, aux professionnels lors de la naissance de bébés handicapés : que faire face au handicap de son bébé ? Pourquoi certaines familles ne se sentent-elles pas capables de l’élever, pourquoi d’autres familles considèrent ces enfants comme une chance malgré les inquiétudes au quotidien ?
Dalila1 est une rencontre avec une jeune femme qui évoque : ses origines, la pouponnière, sa famille d’accueil, et les rencontres avec sa mère. Comment prendre racine et se développer sur le rivage entre deux mères ? Vivre, grandir, construire sa vie dans ce double lien maintenu par l’équipe éducative. Dalila nous donne à voir son parcours de vie et l’analyse qu’elle en fait quelques années plus tard.
Accompagner ses parents vieillissants est subtilement abordé dans Et la vie continue 1. Nhu Hua, Yasmine, Alain, Georgette, Evelyne... témoignent de l’engagement filial qui les plonge dans la solitude, réduit l’espace de vie, et où ils donnent tout d’eux-mêmes, jusqu’à s’oublier.
Enfin Schizophrénie, l’impact sur la famille1 est impressionnant. En tant que parents, nous souhaitons toujours ce qu’il y a de mieux pour nos enfants. Élever un enfant c’est un pari d’amour fou au quotidien, les doigts croisés afin de voir son fils, sa fille grandir, s’épanouir, devenir enfin adulte et qui sait, peut-être parent à son tour. Or, l’annonce d’un diagnostic de schizophrénie et la lente descente aux enfers qui souvent le précède, a l’effet d’une bombe sur la famille...
D’autres thématiques telles que le rapport à la loi, l’expérience de l’expression ou encore l’accès à l’emploi, à priori plus éloignées du secteur de l’enfance, nous amènent à comprendre plus aisément la fragilité de la situation et la vulnérabilité sociale de certains adolescents ou parents qui entourent les enfants : l’impact de l’argent sur les plus pauvres2, la discrimination à l’emploi3.... En même temps ces films nous donnent aussi l’exemple de projets où des professionnels, des usagers se construisent du « vivre-ensemble », des solidarités et des espaces d’humanité comme ce splendide film qui retrace l’expérience d’un stage de danse contemporaine4 proposé aux détenus d’une maison d’arrêt. Ils trouvent ça débile, les prisonniers et puis…
Des émotions, certes... mais de la qualité
La technique est parfois devenue en elle-même un spectacle (parler de sa sexualité devant des milliers de téléspectateurs, filmer une agression physique et la diffuser par téléphone...) reléguant au second plan les idées, la nature du message, la qualité de l’information. Bref, nous sommes souvent exclusivement sollicités au niveau des sentiments, des plus nobles aux moins avouables. Conscients de la grande diversité et de la qualité de production des films dans le secteur social, il est évident pour nous de poursuivre cet évènement culturel, et de défendre ainsi des œuvres cinématographiques de qualité. [...]
Marie Christine GIROD
Extraits du texte paru dans la revue de l’UFNAFAAM - ARC n°125, juin-juillet 2008
Notes
2 La double face de la monnaie - 3ème prix en 2007
3 Trilogie la gueule de l’emploi : To be or not to be (N°1)
4 Intra-Muros Mouvements - 2ème prix en 2007
...Traces
N°11 - Octobre 2008
Une 3ème édition aux dimensions Européennes
Pour reprendre le début d’un article du Journal de l’Action Sociale, la Biennale du film d’action sociale ce n’est pas la Croisette, mais ça vaut quand même le détour1. Et c’est effectivement plus de 1 000 étudiants, professionnels et formateurs du secteur, lycéens, usagers, réalisateurs... qui sur trois jours ont pu découvrir le secteur, enrichir leur réflexion, être émus...
Au programme, un 1er type de film : celui qui retrace comment des personnes qui sont en situation de fragilité sociale, économique, culturelle... peuvent être accompagnées par des professionnels du secteur. Au tribunal de l’enfance, d’Adrien Rivollier, ce sont deux juges que l’on voit au quotidien faire l’exercice complexe, subtil, de protéger ces enfants, au milieu de la violence de la rupture et des enjeux des adultes.
Jeanine, infirmière de santé publique à Pontarlier, soigne et aide ceux qui survivent en marge de la société et croient, souvent, pouvoir cicatriser leurs blessures et combattre leur mal de vivre à grand renfort de boissons alcoolisées. François Royer, réalisateur d’Icis-Bas, l’a suivie pendant 5 ans.
Ces deux films entre autres, permettent de rendre visible le travail remarquable et pas toujours spectaculaire de ces professions du social, mal connues, souvent dévalorisées et parfois mises en péril. « Nous faisons un beau métier », reste à convaincre la société.
Le 2ème type de film, c’est celui de la prise de parole d’usagers, que ce soient Kahina et Kevin de L’avenir en sursis, de Dominique Fiscbach, qui viennent d’avoir 18 ans et qui sont convoqués devant la justice des adultes ; Purificacion Crego qui est incarcérée depuis 11 ans dans la prison d’Avila (Espagne) de La Tercera vida de Vanja d’Alcantara ; Jean-Luc qui évoque avec nostalgie ses délires schizophréniques et raconte son histoire dans En Vérité, d’Isabelle Erchoff. ; Sabine, autiste, qui est filmée sur une période de 25 ans par sa sœur Sandrine Bonnaire... C’est toute la démarche de comprendre, d’intégrer la personne que nous accompagnons, comme expert à part entière de sa situation.
Do-it-yourself d’Eric Ledune, Par Conviction de Julie Frères, L’histoire du soldat américain de Penny Allen ou Test de Vincent Boujon... sont des films qui nous permettent de penser des questions de société qui vont dépasser les préoccupations légitimes de l’accompagnement au quotidien. Outre le fait qu’ils traversent tous les secteurs, et nous obligent à penser en dehors des catégories parfois sclérosantes d’usagers, les thèmes respectifs de la maltraitance, du droit à l’avortement, de la banalité du mal ou le rapport au risque du VIH... nous donnent à réfléchir ce sur quoi nous sommes tous si banalement humains.
La Biennale, c’est aussi des « Cartes blanches », avec des partenaires fidèles, la Fondation nationale de gérontologie (fng), le Centre national audiovisuel en santé mentale (CNASM) qui ont apporté la pertinence de leur regard sur « Le grand âge : la vie devant soi » et « L’adolescence ».
1 Marina Al Rubaee, Sur le tapis rouge de la vraie vie, Le journal de l’action sociale, mars 2009, n°135
La suite, c’est d’une part organiser des projections à l’IRTS. Nous avons déjà projeté plusieurs fois le film La CFPS : 1922-2007 - Une histoire du travail social d’Astrid Fontaine et Christophe Gendre, qui proposent à travers l’histoire et les archives des 85 années d’existence de cette association, une histoire du travail social au XXe siècle.
En projet cette fois, une projection pour les référents professionnels, Service social, tout contre l’exclusion de Carole Tresca, une chronique en deux volets qui nous entraîne au cœur d’un service social départemental à la découverte d’une équipe d’assistants sociaux en prise avec les réalités du terrain et ses limites, avec des espoirs à préserver et des combats à ne pas lâcher. Enfin, notre site Internet qui permettra d’avoir accès à des images.
A suivre...