Journée d’études IRTS : Soin, care, accompagnement : Quelles nouvelles formes de solidarités ?

Co-organisée par I=MC² et l’IRTS Ile-de-France Montrouge Neuilly-sur-Marne, cette journée est reprogrammée le jeudi 31 mai 2012.
Cet événement s’inscrit dans un partenariat qui a déjà 3 ans. Pour mémoire, la précédente journée d’études Handicaps et sexualités : former les professionnels de l’accompagnement ? réalisée en juin 2010 à Montrouge, a permis d’accueillir de nombreux professionnels et étudiants du secteur, autour de la question du rôle qu’ils doivent ou peuvent jouer dans cet aspect particulièrement risqué de la vie des personnes qu’ils accompagnent.

Depuis 2008, I=MC² a centré sa réflexion sur le thème de l’accompagnement. Dans le même temps, se diffusent en France de nombreux ouvrages et articles sur la théorie du care , venue des États-Unis. Il nous a semblé intéressant de confronter notre travail à ce courant de pensée qui commence à animer le débat public en termes de choix de société.

Le programme définitif sera disponible en ligne à la fin du mois de février.

Définition

Le mot anglais “care” n’a pas d’équivalent exact en français. Il est le plus souvent traduit par : soin, sollicitude, attention à autrui.
Finalement, on peut dire que le care est :

  • L’activité qui consiste à “prendre soin de personnes vulnérables”, sans se limiter au domaine du soin médical (cure). Le care touche donc à tous les domaines de la vie ;
  • Une attitude générale qui suppose un positionnement éthique et des choix politiques spécifiques.

L’origine du care

Le premier aspect de la théorie du care s’inscrit dans une réflexion éthique et féministe : Carol Gilligan défend une éthique pratique de l’attention à autrui, illustrée plutôt par le comportement et la pensée de femmes, qu’elle oppose à une philosophie morale abstraite, fondée sur une théorie générale du droit et de la justice et correspondant à une vision plutôt masculine.
Joan Tronto [1] reprend cette réflexion à un niveau plus politique : elle appelle à élargir la care à une conception sociale et politique, au-delà de la relation de soins entre deux personnes. Selon elle, ce n’est pas parce qu’elles seraient “naturellement” douées pour cela que les femmes se montreraient plus attentives aux autres et plus pratiques dans l’aide qu’elles apportent. C’est plutôt parce que nos sociétés ne reconnaissent pas la valeur du care comme travail qu’elles l’attribuent par tradition plutôt aux femmes, longtemps reléguées à la vie domestique, et à des personnes peu qualifiées, précaires ou immigrées. Pour Tronto “redéfinir le care c’est dénoncer un processus de marginalisation de ses activités” [2].

La vulnérabilité comme élément de la condition humaine

Nous avons l’habitude d’opposer deux mondes : celui des personnes réputées autonomes et celui des personnes dépendantes (malades, âgées ou en situations de handicap). Toute la philosophie du care dénonce cette catégorisation et la remet en cause : nous sommes, tous, à la fois autonomes et dépendants : la vulnérabilité est un trait commun de la condition humaine . Mais pour prendre conscience de cette réalité, il est nécessaire de la décrire et de ne pas ignorer tout ce qui se pratique dans la sphère privée, sous une forme socialement invisible (rôle des femmes dans l’éducation des enfants, les soins aux malades et aux personnes dépendantes du fait de l’âge ou du handicap) ou très mal reconnue et dévalorisée.
Par conséquent, une véritable politique de care ne peut procéder par logiques catégorielles, sur la base d’identification de populations cibles de l’action sociale ou médico-sociale : personnes âgées ou personnes handicapées [3].
Elle exige au contraire une vision d’ensemble qui intègre, outre la réflexion éthique et anthropologique, une dimension économique et écologique, la révision de nos modèles de division sociale et sexuelle du travail et, bien entendu, une critique de la marchandisation des activités de service.

Care et accompagnement

Ces positions sont assez proches de celle de I=MC2. Dans notre effort pour définir les “technologies de l’accompagnement”, nous mettons l’accent sur la complexité de la relation entre accompagnant et accompagné qui a au moins autant d’importance que la technicité des gestes et nous proposons d’inclure, dans les formations des personnels, l’apprentissage de méthodes permettant de sécuriser le cadre de l’action, tant pour les “caregivers” (c’est à dire eux-mêmes) que pour les “carereceivers” (les usagers) .

Par ailleurs, notre analyse de ce que nous appelons le “référentiel caché” [4] rejoint certains aspects de la théorie du care.
Pour I=MC², le “référentiel caché”, c’est l’ensemble des points d’appui qui permettent à chaque professionnel de se tirer d’affaire lorsque les ressources issues de sa formation (s’il en a reçue une) ou les règles d’action qui lui sont données s’avèrent insuffisantes pour répondre avec efficacité à une situation concrète donnée. Nous suggérons de faire sortir ce référentiel de la clandestinité où il est relégué et de le formaliser avec les intéressés eux-mêmes de façon à pouvoir l’intégrer à ce que nous appelons le référentiel transparent” (l’ensemble des règles d’action explicites) et, bien sûr, le transmettre en formation.
Il s’agit bien d’une certaine manière de prêter l’oreille aux sans-voix de l’accompagnement, professionnels peu qualifiés et usagers, ou de faire entendre leur “voix différente”.

Cesser de séparer, comme le proposent les auteures du care, le discours technique, la réflexion éthique et les questions politiques et économiques nous semble également indispensable pour donner tout son sens à la notion d’accompagnement

Utopie ?

Nous sommes loin des caricatures faisant de la société du care un monde d’assistanat et des bons sentiments : c’est une vision, peut-être utopique, de ce que pourrait être un monde plus humain dans lequel on ne se contenterait pas de rechercher des expédients pour atténuer les effets de la violence économique et sociale sur des populations réputées “à risque” ou stigmatisées comme “dépendantes”, un monde où la vulnérabilité de tous inspirerait de nouvelles formes de solidarité publique.

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Bibliographie

Carol Gilligan. Une voix différente. Pour une éthique du care. Ed. Flammarion. 2008
Joan Tronto. Un monde vulnérable. Pour une politique du care. Ed. La Découverte. 2009
L’amour des autres. Care, compassion et humanitarisme. Revue du MAUSS n°32, second semestre 2008. Ed. La Découverte
Pascale Molinier, Sandra Laugier, Patricia Paperman. Qu’est-ce que le care ? Souci des autres, sensibilité, responsabilité. Ed. Payot. 2009
Fabienne Brugère. L’éthique du care : entre sollicitude et soin, dispositions et pratiques, in lazare Benaroyo, Céline Lefève, Jean-Christophe Mino, Frédéric Worms (dir.), La philosophie du soin. Ethique, médecine et société. PUF 2010
Patricia Paperman. Ethique du care. Un changement de regard sur la vulnérabilité, in Pour une bientraitance : faut-il repenser le soin ? Gérontologie et société, n°133 – 2010/2

Photo : Anne Bernard - Journée d’études - Handicaps et sexualités : former les professionnels de l’accompagnement ? - Juin 2010

[1] Voir la bibliographie

[2] Fabienne Brugère, article cité dans la bibliographie.

[3] C’est sans doute la raison pour laquelle le care est encore aujourd’hui peu présent dans la littérature spécialisée sur le handicap.

[4] Voir La lettre de l’accompagnement N°13 (site : iegalemc2.org).


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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.

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