Liberté Chérie de Mika Gianotti - Documentaire

Liberte cherie - mika Gianotti Liberté Chérie est le dernier film de Mika Gianotti. Elle a réalisé plus de 10 films, dont Des juges mènent l’enquête, sélectionné à la Biennale du film d’action sociale de 2007 et Premières vacances, la parenthèse, sélectionné en 2005.


Liberté Chérie.

Dessin. Extrait de Bonne santé, mode d'emploi. PIEM - Liberté Chérie - Mika Gianotti On peut penser au poème de Paul Eluard, Liberté, publié en 1942. Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom…
Si le poème fut alors une des armes de la lutte contre les oppresseurs, c’est sur la pellicule que Mika Gianotti l’écrit, sa liberté.

Dans une narration un peu foutraque – c’est aussi ça la liberté – et habilement construite entre fiction et réalité, Mika Gianotti déambule libre, provoque le dialogue intergénérationnel, accompagne des personnes qui vont bien, à dire leur liberté passée, présente, future…
Et c’est pour le futur que la liberté est mise à mal. Vieillir, c’est la vie, mais lorsqu’on perd la raison, que les gestes intimes du quotidien sont faits par un autre, que l’on souffre...

Pas didactique, pas classique, ce documentaire est écrit à la première personne. Les savoureux dessins et commentaires de PIEM, Brigitte Bardot en deux versions… c’est drôle et on s’en rappellera.

Une fois le film terminé, c’est à nous, spectateurs, de faire cet exercice de la pensée. Est-ce un film qui parle de la mort ? Oui, sous l’angle de la préservation de la dignité. Est-ce un film qui convoque le législateur ? Oui, dans la lignée des combats pour les droits : à l’avortement, au divorce par consentement mutuel… Est-ce un manifeste ?...
C’est surtout un film qui nous oblige à s’arrêter, s’arrêter pour penser, s’arrêter pour dire : Et moi, je vois cela comment ?
Marie Christine Girod, biennale du film d’action sociale.

Où voir le film ?

Sortie nationale mercredi 5 juin 2013 - Saint-André des Arts - Paris 6.
Autres soirées projection-débats à Paris en présence de la réalisatrice :
- Mardi 4 juin 2013 à 20h30 au cinéma Le Lucernaire : avec Anne Galland de l’Association des Cinéastes Documentaristes
- Jeudi 6 juin 2013 à 18h au cinéma Le Saint-André des Arts : avec Edith Deyris, déléguée nationale de l’ADMD, chargée de l’ADMD-Ecoute
- Samedi 8 juin 2013 à 18h au cinéma Le Saint-André des Arts : avec Sylvie Sesé-Léger, psychanalyste et présidente de la Société de Psychanalyse Freudienne
- Samedi 15 juin 2013 à 11h au cinéma L’Arlequin : avec Delphine Bouit, philosophe et juriste, présidente de l’association Vivre la philosophie
En savoir plus - Site Internet : filmsdunjour.com

Rencontre avec Mika Gianotti, réalisatrice [1]

Mika Gianotti - Biennale du film d'action sociale 2007 L’important n’est pas que cette façon de raisonner soit bonne mais qu’elle fasse réfléchir.
Albert Camus

Une expérience philosophique à partager

Penser sa liberté. Évidemment on ne s’interroge pas tous les jours là-dessus en prenant des notes ! C’est souvent inconscient ; on la vit d’abord. Je pense que c’est une question qui est fortement philosophique.
Je me suis retrouvée il y a quelques années confrontée à ce temps terrible où ma mère n’était plus maîtresse de son corps. Elle avait gardé tout son esprit, sa lucidité mais son corps ne lui obéissait plus, il s’abîmait. Elle dépendait de tout le monde, des soignants et de moi.
Je crois que la prise de conscience vient de là. Elle en souffrait, elle, si indépendante dans sa propre existence. Je me suis dit, il faut réfléchir à ça, il faut oser ouvrir les yeux : qu’est-ce que moi je ferais si cela m’arrive ? Et de fil en aiguille, ce film m’est devenu évident. Évident pour questionner, pour s’interroger, pour essayer de comprendre, pour faire résonner, pour dire aux amoureux de leur liberté : mais qu’est-ce qu’on fait, comment va-t-on faire ? Et le questionnement est devenu penser sa liberté, jusqu’au bout.

L’auteur et sa troupe

Iza s’est imposée comme personnage principal car elle était pour moi la femme libre par excellence. Fin des années 80, on menait cette vie libre et légère, libres étaient nos corps et nos amours. Elle me semblait plus libre que moi, parce qu’elle vivait sa liberté de façon complètement naturelle. Moi je me posais plus de questions par rapport à la société dans laquelle je vivais, et je transgressais.
Pour les autres personnages, j’ai cherché autour de moi des gens que je connaissais suffisamment bien pour savoir qu’ils étaient chacun d’eux amoureux de leur propre liberté, de leur indépendance. Huit personnages animés par le désir de guider leur propre vie, sans prétention d’atteindre une quelconque perfection ! J’ai commencé à parler avec chacun pour qu’ils imaginent la dernière partie de leur vie, la vieillesse, le dernier âge. Comment réagiraient-ils s’ils se trouvaient dans une situation très dégradée, physique ou mentale… ? Parmi ces personnages, de 20 ans à près de 90 ans, chacun avait déjà sa petite idée…

Une heureuse légèreté…

Je suis une cinéaste qui travaille avant tout dans le cinéma du réel, mais sans lui donner de limites.
L’idée pour ce film c’était de mettre chaque protagoniste en situation de penser sa liberté, mais en lui laissant le temps de réfléchir. Je mettais chacun face à une interrogation : peut-on imaginer aujourd’hui ce qui nous serait insupportable demain ? ou bien penser à ce qui est le plus précieux dans sa propre liberté ?
On ne filmait pas la réponse spontanée. On reprenait, le lendemain, le temps que s’approfondisse la pensée. Les idées rassemblées, la parole pouvait devenir plus courte et précise alors que je filmais. Je voulais que ce soit un film où chaque mot compte, en quelque sorte.
C’est dans ce sens que j’ai aussi mis en place un dispositif de dialogue entre les images projetées à même le mur chez moi, et les réactions des personnages. Ça permettait aux protagonistes de mouliner leur propre pensée, de creuser. On était sur une réflexion importante, profonde, quelquefois enfouie, qui nécessitait du temps pour émerger. Donc on ne filmait pas en situation directe.
À aucun moment, mes personnages ne se sont sentis guidés vers un changement de leur propre pensée. Au final il ressort une liberté d’interprétation, un côté théâtral où les choses sont prises avec légèreté, en même temps qu’émotion.
Et surtout j’ai pu y insérer une bonne dose d’humour et de distance… puisque distance il y a entre l’imaginaire et la réalité qui adviendra.

… sur un sujet grave

Ce film entraîne le regard sur l’éventuelle dégradation physique et/ou mentale qui peut survenir lors de la fin de sa vie. Un film sur nos peurs de l’avenir inconnu. Et là, oui, c’est un regard personnel.
La dégradation peut arriver après un accident, après pleins de choses, mais j’ai fait le choix de m’intéresser à la dépendance possible du dernier âge, qui s’allonge, qui s’allonge… Il interroge notre imaginaire du futur : et si l’on ne reconnaissait plus les siens ? Et si notre corps n’en était plus vraiment un ?
Alors qu’est-ce que l’indigne pour chacun de nous ? Peut-on s’y préparer ? Peut-on dire à l’avance – et se donner le droit de changer d’avis ! – Je ne veux pas vivre ça ; je ne veux pas le faire vivre à mes proches ?
L’euthanasie est l’une des réponses. J’en parle, strictement pour moi-même, comme du moindre mal, au sens stricte et figuré ! C’est un point de vue.
Un autre, dans le film, a prévu que le temps venu, on m’aide à fermer la porte, un troisième que l’on interdise à quiconque de décider à ma place…
Je termine par une citation de Pascal Bruckner que j’aime bien : rien de plus triste que l’avenir quand il ressemble à ce que nous avions imaginé.

Photos : Marianella Barth - IRTS 2007- Liberté Chérie 2013

[1] Dossier de presse Les films d’un jour - 2013

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