Michel Kaiser, je me souviens...

Par Marie Christine Girod

Michel Kaiser IRTS 2012Michel Kaiser, à l’occasion de la petite rencontre festive de la fin d’une journée de juin 2012, nous rappelait, ou disons plutôt, subjuguait l’auditoire par la richesse bien cachée de son parcours professionnel à l’IRTS. Parcours qui débuta en septembre 1976 en tant que cadre pédagogique, avec un contrat signé par le Docteur Bianquis, alors Président de l’association, avant qu’elle ne devienne Fondation ITSRS. C’est ainsi qu’entre autres, il fut le pilote du DSTS.
Titulaire de deux Diplômes d’Etudes Supérieures - sciences politiques et droit public - du Diplôme d’administration sanitaire et sociale de l’ENSP, Michel Kaiser reste aujourd’hui doctorant en Sciences politiques.

Orateur singulier, hésitant parfois et néanmoins très habile, c’est avec humour qu’il déroula son allocution de départ à la retraite. Ce fut un dialogue avec l’époque, un pont entre passé, présent et futur ; la forme en fut drôle, surprenante, touchante...

Alors, plutôt que maladroitement faire une interprétation de ses mots, j’ai demandé à Michel Kaiser s’il voulait bien écrire un texte.

C’est avec la forme de Je me souviens [1] empruntée à un auteur qu’il apprécie, Georges Perec, que Michel Kaiser l’a construit. Le connaissant, il aurait pu tout aussi bien s’inspirer de Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? [2] Mais c’est une autre histoire, celle de la sphère privée...

Voici Entre terre et ciel de Michel Kaiser :

Nos institutions nous dépassent, ne sont rien sans nous, mais que sont-elles avec nous ?
Question d’une rude exigence, à qui s’interroge sur le concours qu’il a pu apporter à une France plus solidaire.

Mais la solidarité n’est pas seule en cause. C’est une puissance relationnelle, riche de sa diversité. mais qui passe par ses jeux d’acteurs : pouvoirs et partenariats.

Je me souviens de celui ayant associé le Centre d’ethnologie sociale et notre formation supérieure. Nos assistantes sociales démontraient, avec l’équipe de Paul-Henry Chombart de Lauwe, que l’exode urbain conduisait à une transformation des modes de vie communautaires qui ne portait pas atteinte au principe, mais l’engageait sur un territoire plus vaste. Celui du National ?
L’Institut avait un département international engagé au service de l’autonomie des nations en développement. Elle s’accompagnait d’une autonomie avec le ministère de la Coopération qui lui imposa de tourner cette page.

Je me souviens du partenariat que nous avons pu avoir avec les acteurs de l’Inserm. Sa lumière pétillante. Ainsi la vie reste-t-elle un feu d’artifice, dont la nuit attise l’éclat : il se rit des nuées.

Je me souviens des solidarités servies par Bernard Lory, Nicole Questiaux, Jean-Michel Belorgey, Michel Thierry et quelques autres, qu’ils ont illustrées, déclinées, accompagnées dans nos formations. Elles fondent notre voie, à nous de l’animer.

J’ai accompagné celles que la décentralisation a eues pour vocation de développer en partenariat. Ambition toujours au travail. Mais c’est ici que je relèverai, sans les détailler ni les commenter, toutes les solidarités que j’ai rencontrées dans le travail social : en fait, ce sont elles qui m’ont accompagné et animé.

Ces solidarités sont-elles cependant seules en cause ? Non. Elles existent quelque soit le pouvoir qui les construit, mais s’il s’en mêle, leur sémantique peut s’y emmêler. Il sait se faire entendre, mais pour ouvrir à quelle entente ? Mais cette entente, ce n’est pas du pouvoir qu’il faut l’attendre. Mais des “convictions libres et personnelles” qui, attendues de notre précédent Président Guy Raffi, ont meilleure part que ce pouvoir, à ce que la République attend des siens.
Quel est le poids de ces convictions, quand la ligne motrice devient celle d’une croissance des appareils et des formatages forgés en partenariats ?
N’y sommes nous pas soumis, quoique que toute la richesse de notre maison aujourd’hui tienne à la façon dont en 1986-1987 le Président d’alors, Alain Barjot, a permis que nous devenions une école pluri-professionnelle ?

La création des options de formation ouverte aujourd’hui, comme mon expérience de l’action sociale depuis plus de 30 ans, témoignent de ce que l’action sociale n’évolue pas à l’écart du reste de la société, en partage les cadres, mais continue à se construire sous une valeur de réponse à la demande sociale qui a su se diversifier et se rapprocher de ses usagers en s’attachant à ne pas fermer la réponse, mais au contraire à ouvrir les parcours.

Ce n’est pas, ici, la réponse, qui est une réponse, mais la façon dont nous y répondons à ce qu’elle appelle. Rude appel, pour des professionnels mis à forte contribution. Mais c’est ici qu’ils se révèlent, en sachant en appeler à la formation, à la réflexion de leur pratique. Ce que Denise Cassegrain, à qui j’ai succédé, leur a permis de faire en associant une réflexion méthodologique soucieuse à la fois du droit des personnes et du développement social local, à un positionnement professionnel auquel la sociologie de R. Sainsaulieu apportait ses lumières vives.

J’ai poursuivi sur cette voie - celle qui associait, pour l’action sociale, développement local et insertion - avec la contribution universitaire de Christian Bachmann et son équipe, dont les approches en termes d’ethnographie sociale, de sociologie de la communication, ont eu une pertinence pour ceux qui s’y sont frottés dont il est souhaitable qu’elle ne se perde pas en route. Mais Villetaneuse est toujours là.

Ce sont mes cours de droit des prestations sociales auprès des assistantes sociales en formation initiale qui m’ont conduit à m’engager en faveur d’un revenu minimum, négocié alors entre Jean-Michel Belorgey et des décideurs plutôt réticents. Patience et longueur de temps… ? Patience et engagement constant.
Cette prestation m’a conduit en “recherche de terrain” à partager ce qui forme celui-ci : unité du projet institutionnel, diversité et vivacité des situations personnelles, problématique de projet à construire au front. Ce qui suppose une bonne ingénierie sociale.
Celle-ci est à l’œuvre partout aujourd’hui. Elle s’inscrit dans la richesse des partenariats avec lesquels j’ai construit mon cours de “Politique de lutte contre les exclusions”, politique à laquelle a succédé celle de cohésion sociale, puis… ???
Sémantique, quand tu nous tiens ! Mais laquelle ?

Celle qui se développe à travers tous “nos chantiers” - mal logement et solidarités communautaires, accès à l’emploi et dynamique sociale, insertion par l’activité économique et jardins solidaires, accès au droit et médiations, Culture du Cœur (un voisin) et cité conviviale - témoigne de la façon dont la sémantique participe d’une vie qui n’est une belle aventure que par la façon dont elle se vit à plusieurs.

L’aventure continue, au bonheur du partage…


Hugues Dublineau, Président de la fondation ITSRS Michel Kaiser IRTS 2012 Michèle Boulègue, ancienne Directrice de l'IRTS Jean-Marie Gourvil, auteur avec Michel Kaiser - Se former au développement social local





Photos : Marie Christine Girod - Juin 2012

[1] Je me souviens, Georges Perec, Paris, Hachette, 1978.

[2] Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? Georges Perec, Paris, Denoël, 1966.


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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.

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