1ères rencontres régionales européennes Innovations sociales et territoires à l’IRTS.
Du 7 au 9 février 2012.
Site de Montrouge (92).
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Modernisation veut-elle pour autant dire progrès ?
« Paroles aux jeunes » fut un Forum passionnant. Dominique Versini, Défenseure des enfants a mis en place une grande consultation nationale visant à recueillir la parole des jeunes au sujet du respect de leurs droits. Cette consultation a permis d’écouter en direct 2 000 jeunes collégiens et lycéens et plusieurs centaines de jeunes par le biais d’un forum Internet. Ayant eu la chance de participer intégralement à l’ensemble de cette consultation, écouter, formaliser, analyser furent trois grands verbes d’action au service de cette jeunesse. À peine cette analyse achevée, nous apprenions la fusion de l’Autorité administrative indépendante de la Défenseure des Enfants dans une seule et unique Autorité administrative indépendante dédiée à la Défense des Droits. Cette fusion va dans la logique de la modernisation de l’appareil d’État. Dont acte. Modernisation veut-elle pour autant dire progrès ? Telle est la question que nous soumettons à cet édito…
Peut-être pour rappel quelques dates qui permettent de situer le projet politique reconnaissant comme urgent de séparer le monde des enfants du monde des adultes.
• 1882, l’école devient obligatoire.
• 1904, création d’un service unifié pour la protection de l’enfance
• 1909, création de classes annexes aux écoles pour les enfants en difficulté
• 1912, création des tribunaux pour enfants
Par ces lois, la société prend conscience que les enfants doivent être traités de façon différente des adultes. Ainsi, la société créée un droit à l’instruction pour que les enfants sortent notamment du champ du travail pour accéder à la culture et à la connaissance. Elle entend protéger plus spécifiquement les plus déshérités en mettant en place un service public de protection de l’enfance qui sort l’enfant des orphelinats religieux. Elle met en place une justice des mineurs qui sort l’enfant du bagne pour enfants ou de la colonie pénitentiaire.
• 1945, création de l’ordonnance de 45 qui impose une justice où l’éducatif doit prendre le pas sur le répressif.
• 1975 puis 1996, la société rappelle, par deux grandes lois, que les enfants handicapés ou souffrant d’exclusion ont le droit à une éducation et à une protection plus spécifique.
• 1986 / 1989, le champ de la protection des enfants est confié aux Départements.
Aujourd’hui l’image des jeunes est mauvaise. Les medias stigmatisent systématiquement tous les faits contribuant à montrer une jeunesse à la marge de la société, violente, délinquante, alcoolique, droguée…
Aujourd’hui, la volonté d’abaisser l’âge de l’excuse de minorité, la volonté de vouloir mettre les jeunes en prison de plus en plus tôt, la volonté de sortir du système scolaire plus tôt, autant de mesures qui fixent de plus en plus les lignes d’un projet de société qui demande à l’enfant d’être dans le standard éducatif au risque sinon de se voir traiter par une justice similaire à celle des adultes et de devoir s’inscrire dans le monde du travail beaucoup plus rapidement qu’elle ne le peut. Que dire de la volonté de supprimer purement et simplement les Départements qui ont justement pour mission de protéger les enfants ?
Le miroir social renvoie l’image de parents sans repères éducatifs précis, des enseignants sans capacité à discipliner leur classe, des juges pour enfants obligés de pénaliser l’éducation. De façon systématique, l’image des jeunes est identifiée à celle des adultes. Le projet de société s’axe de plus en plus sur l’abaissement des différences entre les classes d’âge. Les jeunes sont priés d’être à l’image des adultes.
Les jeunes disent ne pas être écoutés par les adultes. Les jeunes disent ne pas être pris en compte dès lors qu’il s’agit d’émettre un avis leur permettant d’exprimer leur vision d’enfant, leur vison d’adolescent. Les jeunes ne sont pas éduqués à participer. Les jeunes sont éduqués à consommer. Les jeunes sont pris dans un système de compétition scolaire où les valeurs de partage et de solidarité cèdent le pas à la course à la note, à la course aux meilleurs diplômes, aux meilleures universités, aux meilleures grandes écoles. Le projet de vie, le rêve d’un métier, même pour les plus doués, est renvoyé à cette course d’être le meilleur dans le meilleur endroit. C’est la société de l’enfant qui doit devenir roi.
La société des adultes dessine pour les enfants, dès leur plus jeune âge, leur propre choix de vie, trace les frontières du bien et du mal par des images irréalisables pour le plus grand nombre. Oui, la jeunesse souffre d’un manque d’écoute, oui la jeunesse souffre véritablement de ne pas pouvoir s’approprier son propre destin. La jeunesse souffre tant elle est priée d’être uniforme.
D’où vient cette peur de la différence des enfants ? D’où vient cette phobie de la jeunesse au point de la quadriller dans les banlieues par un projet de société identifiable à la qualité du faciès, par une volonté affichée de lui infliger un statut pénal à peine pubère ? Faut-il rappeler cette évidence que les enfants ne peuvent grandir qu’en se confrontant aux adultes. Les adultes doivent résister pour que la jeunesse puisse s’appuyer sur eux. Mais jamais, la santé des enfants n’a été autant compromise qu’en remettant en cause le droit à être jeune, le droit à être enfant. Résister ne veut pas dire oppresser.
La phobie de la jeunesse est telle qu’il est urgent de lui supprimer sa Grande Conscience ? En diluant la Défense du droit des enfants, du droit à être enfant, dans une Défense uniforme, la phobie du droit à être enfant, procède tout simplement d’un refoulement des enfants du monde des enfants.
Cette phobie de la jeunesse par la société des adultes est d’autant plus inquiétante qu’elle fait projet de société au plus haut niveau. En voulant une jeunesse sans conscience d’enfant accompagnée par les parents, sans trouble de la puberté porté par les adultes, sans rêve d’adolescent soutenu par le système éducatif, le projet d’une jeunesse uniforme n’est-il pas qu’un dessin à l’état d’esquisse ? Ce projet ferait-il réalité ?
La phobie de la jeunesse est mauvaise conseillère, très mauvaise conseillère. Elle constitue une régression dans le droit d’être enfant sans précédent. Supprimer d’un trait de plume une Autorité administrative indépendante chargée de défendre ce droit d’être entendu comme un enfant qui ne peut tout savoir, comme un enfant pubère qui grandit à son insu, comme un adolescent en recherche d’identité, c’est prendre tout simplement le risque de construire une société uniforme ou le droit à être enfant se clone avec le droit à être adulte.
Faut-il rappeler cette évidence : « On ne devient adulte que si l’on a pu vraiment être enfant ». La phobie de la jeunesse laisse lourdement entendre que si l’on n’a pas pu être enfant quand on était enfant, il n’est nulle raison d’interdire aux autres enfants de pouvoir l’être. Ne plus séparer cette Défense des droits des enfants, c’est probablement purement et simplement laisser agir cette phobie de la jeunesse. L’avenir nous le dira. Les professionnels de l’enfance sauront de toute manière se mobiliser en Grande conscience si le besoin s’en faisait sentir.

Prélude
« Dès la fin du Moyen-Âge, apparaît un certain humanisme médical, sous l’influence vraisemblable de l’Orient et de la pensée arabe. Des îlots médicaux apparaissent dès le XIe siècle, à Fes. Au Caire lors du XIIIe siècle. Dans cet hôpital, on y pratique une sorte de cure d’âme dans laquelle interviennent la musique, la danse, les spectacles et l’audition de récits merveilleux…. Ce sont des médecins qui dirigent la cure et décident de l’interrompre quand ils l’estiment réussie » [1]
Greffe illusoire ?
Où sont les « îlots » du XXIe siècle ? Compagnie CECILIA - Esat culturel à La Ferté-sous-Jouarre… Compagnie de l’Autre Part - Esat Unap à Pontarlier… Compagnie Vertical Détour - Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne… La liste des expériences artistiques en milieu médical et médico-social, qui ferment ou risquent de fermer la porte faute de soutien public, n’est malheureusement pas exhaustive. En d’autres termes, la greffe avec le champ des arts et de la culture ne prend pas facilement en ce début du XXIe siècle. Le passage d’un monde à l’autre est illusoire. L’un est opaque pour l’autre. « Pratiquer un art, oui, mais en faire un enjeu économique dans le cadre d’un Esat, trop compliqué ! Et puis vous savez, l’art, de nos jours, pffffffff (…) » concluait un Directeur départemental de l’Action Sociale, soutenu de pied ferme par l’association gestionnaire, alors que se décidait le sort de l’Établissement et service d’aide par le travail Cecilia [2] dans lequel j’exerçais des fonctions d’éducateur spécialisé depuis une dizaine d’années.
L’histoire de cet établissement et de son territoire d’implantation provoqua des débats dans les medias généralistes et spécialisés. La Cie CECILIA, c’était un lieu atypique, qui tenta, pendant une décade, d’offrir aux personnes en situation de handicap une pluralité de parcours professionnels, permettant notamment l’accès aux métiers du spectacle : théâtre, musique, régie son et lumière. De nombreuses personnes accueillies - en situation de handicap intellectuel et psychique - ont tenté sans succès les chemins traditionnels. L’activité professionnelle par les arts du spectacle est l’alternative proposée, chemin de traverse pour aller voir du côté de sa sensibilité. Mais ce lieu atypique n’est plus que du côté du souvenir : il ferma le 31 août 2008, laissant une trentaine personnes sans perspective professionnelle et sociale, et une équipe médico-sociale à l’ANPE. Le projet innovant aura été accélérateur d’existence : le voilà créateur de désert.
Les intentions qui ont présidé à l’organisation du séminaire étaient d’être à l’écoute des réflexions sur la société contemporaine, de s’interroger sur le renouvellement des pratiques en travail social que cela peut impliquer, ainsi que de contribuer au projet d’établissement de la Fondation.
En effet, sociologues, philosophes, psychiatres… soulignent l’irruption de phénomènes nouveaux, sur les plans des valeurs, des liens sociaux, des configurations psychologiques des individus. Cette réalité sociale, les travailleurs sociaux la vivent au jour le jour dans l’exercice de leur pratique professionnelle. Nous-mêmes proposons dans nos formations des outils théoriques visant à rendre plus intelligibles les situations concrètes. Or, face à ces mutations, sommes nous sûrs que les discours tenus pour et par les travailleurs sociaux gardent leur pertinence ? Comment prendre en compte ces évolutions dans le travail social et la formation ?
Le séminaire a abordé le changement des valeurs, les transformations de la famille et de la jeunesse, l’évolution des relations éducatives, l’état des liens communautaires, l’évolution des échanges et des solidarités. Au rythme d’une séance par mois, des intervenants sont venus apporter leur expertise et débattre.
Les interventions ont amené des réflexions sur les valeurs sociétales de référence, l’évolution des politiques sociales et des solidarités, l’évolution des problèmes sociaux et des profils de public, ou encore l’évolution des formes de militance. Il est difficile de rendre compte de chacune des interventions, mais les comptes rendus des séances sont parus dans les précédents numéros de Traces... On peut néanmoins dégager quelques thématiques, dont certaines sont transversales. En tirer des conclusions utiles à la formation et au projet d’établissement demande une réflexion collective, je m’en tiendrai donc simplement ici à proposer quelques uns des apports de ce séminaire.

2Olivier HUET, Directeur adjoint à l’IRTS
Catherine ROULHAC, formatrice à l’IRTS2
La connaissance de la personne et de son développement psychologique est conçu pour les personnes qui se destinent aux métiers de l’accompagnement et des soins à domicile. L’enfant et l’adolescent, tout autant que l’adulte, et particulièrement le sujet âgé sont abordés par :
• un découpage théorique facilitant le compréhension de processus complexe de la naissance à la fin de vie
• une analyse plurielle menée selon différents angles : affectif, émotionnel, social et cognitif
• des références aux auteurs fondamentaux : Freud, Piaget, Wallon... pour leur contribution spécifique
Editions DUNOD

2Henri-Jacques STIKER, Directeur de recherches à l’Université Paris VII, Denis Diderot
José PUIG, Directeur de l’association I=Mc2
Olivier HUET, Directeur adjoint à l’IRTS2
Qu’est-ce qu’accompagner une personne en situation de handicap ?
Question à la fois grosse d’évidences et lourde d’ambiguïtés, hantée et comme saturée par cette autre question : qu’est-ce que bien accompagner une personne en situation de handicap ?
Question plus éthique que technique.
Le bon accompagnement ne peut être que celui jugé tel par les intéressés, seuls légitimes pour finalement décider de ce qui peut ou non être appelé accompagnement.
Le bon accompagnement, n’est-il pas, au fond et simplement, l’accompagnement tout court ?
L’ouvrage explore le champ de l’accompagnement, propose des déclinaisons de ce que signifie « être compagnon » et pose la question de l’enseignement de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.
Editions DUNOD
[1] Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Éd. Gallimard, 1961..
[2] CECILIA : Centre d’Expression Culturel et d’Initiative Locale pour l’Intégration des Adultes
[3] Collectif Des théâtres de l’autre, collection « Les Mots en partage », Éd. ACORA, Paris, 2001, p. 130.
[4] Pour approfondir : Associations, Esat, Foyer de vie, IME, CHRS… Ils ont osé l’art, Lien social n°937-938 du 16 juillet 09
Horschamp de l’art, L’art en difficulté, Abris, chantiers et asiles de l’art, Collection Horschamp, Paris, mars 2007
Art et travail social, des pratiques artistiques et la question sociale, Le sociographe, n°6 et n°7, Montpellier, 2004
[5] Jean Vilar (1912-1971), acteur, metteur en scène, créateur du Festival d’Avignon et directeur du Théâtre national populaire au Palais de Chaillot.
[6] Le prénom a été changé.
[7] Sidi Larbi Cherkaoui, rencontres, Joël Kérouanton, ed. l’œil d’or, Paris, 2004, p 31. Texte issu du spectacle ook, chorégraphié par Sidi Larbi Cherkaoui et Nienke Reehorst, autour des rêves partagés des danseurs « autrement capables » et des chorégraphes. Ce récit fut dicté par Catherine Springuel, accompagné et mis en forme par une éducatrice spécialisée, avant d’être intégré au spectacle. Ook est porté par le Theater Stap, Foyer de vie et Esat artistique situé à Turnhout, près d’Anvers (Belgique).
[8] Deux explications très différentes, puisque pour Maffesoli cela découle d’une saturation de l’individualisme, et pour Yonnet c’est au contraire le dernier stade de l’individualisme avec le modèle du réseau social qui procure une « proximité éloignée », qui conjugue autonomie et lien social.
[9] Renvoyant ainsi à la thèse de J. Donzelot dans L’invention du social. Essai sur le déclin des passions politiques, Paris, Seuil, 1994.
...Traces - Le journal de l’IRTS
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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.
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