Éric Marchandet, délégué général de la Fondation ITSRS

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C’est en mai 2016, qu’Éric Marchandet a pris ses fonctions de délégué général de la Fondation ITSRS – Institut de travail social et de recherches sociales. Il s’agit pour lui d’un retour, puisque de 1998 à 2003, c’est en tant que directeur général, qu’il a notamment piloté la restructuration de l’IRTS de Montrouge et la fusion avec l’ISIS CREAI de Neuilly-sur-Marne. Alors âgé de 38 ans, il était parmi les plus jeunes directeurs de centre de formation en France.

Outre la direction de l’IRTS, il a également dirigé l’IRTS Paris Ile-de-France – pour lequel il assurera la fusion avec l’IFRAD orienté vers l’aide à domicile –, ainsi que durant une courte période l’école de services sociales de la CRAMIF. Curieux de connaitre d’autres horizons professionnels, il prendra, durant 7 ans, la tête d’une société vouée au commerce des objets d’art.

Au total, à sa prise de poste, il cumule, à parts égales, 18 ans d’expérience en tant que directeur général dans le secteur non lucratif et ainsi que dans le secteur marchand.

L’exercice de l’interview n’est pas, nécessairement, pour Éric Marchandet un exercice facile. Ce qui apparait comme une réelle pudeur à parler de lui, va néanmoins s’estomper au cours de l’échange.

Le parcours d’Éric Marchandet, n’est simple à ni à appréhender ni à circonscrire. Des expériences professionnelles dans plusieurs secteurs d’activité, se succèdent et se chevauchent. Afin de synthétiser ce foisonnement, on peut distinguer quatre blocs professionnels dans lesquels il évolue avec aisance et régularité :

  • la fonction de direction
  • l’enseignement & la recherche
  • le conseil & l’expertise
  • et, aussi, une très longue implication associative

Ce parcours atypique, il l’explique.

Finalement, il y a dans ces expériences une réelle continuité qui est celle du management et de la réflexion stratégique. Et puis je garde une fidélité par rapport aux institutions dans lesquelles je travaille. Au départ, j’étais un pur produit de l’université, après, l’accumulation des expériences, fait que j’ai une connaissance assez fondée du milieu social et médico-social mais aussi d’autres milieux professionnels. 

Éric Marchandet précise la philosophie de son action

Ce qui est important c’est le lien que l’on entretien avec les associations et les institutions. Elles ont et nous avons une responsabilité auprès des personnes accompagnées. Dans un centre de formation, on ne forme pas des gens uniquement dans l’optique d’obtenir un diplôme. Nous formons nos étudiants pour qu’ils suivent, qu’ils accompagnent des personnes fragiles et qu’ils ne passent pas à côté de leur mission. On forme sur des techniques, mais aussi dans le cadre d’une démarche éthique et de projet. Etre travailleur social demande beaucoup de force, de courage, et pour utiliser un terme souvent rejeté dans ce milieu, il faut avoir une forme de vocation.

Je crois aussi qu’un professionnel c’est quelqu’un qui doit disposer de plusieurs cordes à son arc, notamment il doit pouvoir acquérir durant sa formation différents types de connaissances. Pour formuler simplement les choses, c’est au cours de la formation que l’on doit croiser 3 éléments structurants de ce qui constituera un savoir-faire – le conceptuel, le théorique et le professionnel. Le conceptuel est pour moi un produit de la connaissance et de la recherche universitaire. L’aspect théorique permet une réflexion de haut niveau sur la pratique professionnelle. Là c’est le centre de formation qui apporte les éléments les plus pertinents. Enfin, le stage permet de développer la pratique de terrain. C’est l’ensemble de ces 3 niveaux qui est à travailler dans le centre de formation. 

 

L’implication associative

C’est peut-être le versant le plus révélateur de l’engagement profond qu’a Éric Marchandet pour le secteur. A la même époque – nous sommes en 2003 –, alors qu’il est secrétaire général adjoint du Groupement national des instituts régionaux du travail social – GNI – il devient parallèlement le président de l’association Aide aux jeunes handicapés pour une intégration réussie – AJHIR – qui réunit 3 SESSAD et une crèche accueillant bien avant l’heure des enfants en situation de handicap. Il s’agit pour l’association de faciliter l’intégration scolaire et professionnelle d’enfants et de jeune porteur d’un handicap mental.

Il s’agit de 4 établissements qui accompagnent des jeunes en situation de handicap – déficients intellectuels légers – avec l’idée d’intégration scolaire et professionnelle au terme de leur accompagnement qui s’arrête à 20 ans. A l’origine, j’ai croisé alors que j’étais directeur de l’IRTS, la directrice de l’établissement qui accueillait mon fils. Elle m’a proposé de rentrer au conseil d’administration de l’association. Je n’ai pas dit non, ça me permettait de faire quelque chose pour mon gamin et ceux que je ne connaissais pas. Un an après, je suis devenu président. Dans cette situation, on ne défend pas uniquement son enfant mais l’ensemble des enfants que nous accueillons, nous défendons leur bien-être, et nous cherchons au maximum à leur donner les moyens de leur autonomie. 

Mais son expérience associative ne s’arrête pas là. Il participera également au bureau du Comité Régional d’éducation pour la santé d’Ile-de-France – CRESIF –, des Papillons blancs de Paris, Inser-toi…

 

Le conseil & l’expertise

Titulaire d’une Maîtrise d’Economie appliquée option Théorie des organisations humaines – qu’il acquiert à l’université Paris-Dauphine – le 1er emploi qu’occupera Eric Marchandet, en 1985, est celui de statisticien dans un organisme technique lié à la Fédération française des sociétés d’assurance. C’est au travers de ces études et de ce premier emploi qu’il développe un certain goût pour les données chiffrées.

J’avais choisi l’économie parce que c’est là où j’étais le meilleur au moment du Bac. Et puis j’ai aimé l’économie, surtout tout ce qui tournait autour des organisations. C’était pour essayer de comprendre ce qui se passait autour de moi, un mode de compréhension du monde lié à ma situation sociale. Économiquement nous étions une famille nombreuse avec une très forte culture ouvrière et donc avec des moyens assez limités.

De manière assez logique, ce qui m’a également intéressé, c’est ce qui était en lien avec la psycho et la socio. Surtout une intervention en socio de celui qui deviendra mon futur directeur de thèse et un ami Michel Maffesoli, me décidera à faire un DEA et une thèse. 

Éric Marchandet concevra ensuite une banque de données bibliographiques axée sur la sociologie et l’anthropologie – CRISTAL – encore sur Minitel à cette époque. Il organisera également une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie, rédigera des articles sur le marché de l’art…

C’est pour une étude de faisabilité de fusion entre deux centres de formation – après celle de l’IRTS et de l’ISIS  –  qu’Éric Marchandet, en 2003, intervient spécifiquement en tant que consultant dans le secteur social et médico-social.

En 2009, après avoir d’abord travaillé sur la restructuration d’un service, il devient – et restera jusqu’à récemment – consultant à l’Union régionale interfédérale des organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux – URIOPSS Ile-de-France. C’est un lieu d’observation, qui m’a permis d’avoir une vision globale du secteur par comparaison de structures très différentes. Tout ça complété ultérieurement par les évaluations externes, m’a permis de voir de l’intérieur ce qui se passe dans les établissements et services. 

Organisation, fusion, gouvernance/dirigeance en milieu social et médico-sociale, outils de la loi 2002-2, dossier de frais de siège, management de transition, accompagnement de dirigeant, évaluation externe… sont les thèmes de ses interventions en tant que consultant et qui lui permettent de développer ses interventions au sein du département formation continue de l’Université Paris-Dauphine depuis 2013.

 

L’enseignement & la recherche

Éric Marchandet a commencé très tôt l’enseignement en sociologie – en 1987 – dans les IFSI, avec le programme de l’époque en sociologie, qui allait de la naissance, l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse et à la mort. Il a continué d’y enseigner pendant longtemps.

J’ai commencé à enseigner à Dauphine en 1988, mais j’ai aussi collaboré avec d’autres universités – Paris-Descartes, Paris-Est-Marne-la-Vallée… – à l’ENSAE, école de l’INSEE – et aussi en école de commerce, en architecture et en médecine.

Quand j’enseigne c’est une grande liberté et j’apprends beaucoup – en préparant et par les échanges avec la salle. J’ai des cours qui peuvent paraître très descendants, et qui sont structurés, et qui amènent beaucoup d’éléments théoriques. En même temps j’amène beaucoup d’illustrations et d’expériences concrètes.

Et puis il y a une espèce de don, tu ne transmets pas si tu n’as pas envie de donner. La parcelle de connaissances que j’ai, au moins qu’elle serve à quelque chose. J’aime bien que “ça serve”, qu’il y ait une forme d’utilité dans ce que je fais. A la question des étudiants “ à quoi ça sert la sociologie ?” par exemple, la réponse que je fais un peu par provocation, c’est “à rien”. Mais en fait non, la structuration de la pensée, de l’esprit, au travers du maniement des concepts, va au-delà de l’acte d’apprentissage, on l’emmène dans son milieu professionnel. Le travail sur les concepts structure très fortement la pensée. 

En 1994, alors qu’il est attaché d’enseignement et de recherche et rattaché au laboratoire de Recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux – IRIS –, Éric Marchandet obtient son doctorat de sociologie de l’Université Paris V – mention très honorable avec félicitations du jury.

Le sujet c’était la relation que l’on entretient avec les objets familiers. Ça permettait de rentrer dans le domestique, dans ce qui est proche des gens. On perçoit l’objet au travers des cinq sens – pas seulement au niveau visuel – et l’objet n’est jamais qu’une extension de soi. On peut alors comprendre jusqu’à un certain point, les gens, les relations sociales… Selon les lieux, on ne trouve pas les mêmes objets, leur qualité, leur nombre – en avoir beaucoup ou peu –, leur aménagement… cela varie en fonction des groupes sociaux. Il y a un côté rassurant, structurant… par la familiarité nécessaire, la connivence avec des objets qui nous ressemblent.

Quels types de relations entretenez-vous avec les objets ?

En ce qui me concerne, j’ai pas mal d’objets. J‘aime qu’ils soient signifiants, qu’ils m’apportent une dimension spirituelle, intellectuelle… me permettent d’avoir une réflexion sur les choses.

A l’IRIS mais aussi à l’IRTS Montrouge pendant plus de dix ans, pour différents ministères, j’ai produit, avec plusieurs collègues, des recherches appliquées très différentes autour des coursiers deux roues, l’intégration par le permis de conduire, la télésurveillance, sur des opérations d’urbanisme… toujours sous un angle sociologique. 

Il croise alors recherche et enseignement en universités – à la Faculté de médecine – 7eet 8eannée – pour l’option Sociologie de la famille, animée en trio avec un psychologue et un médecin généraliste ; à l’université, un cours de sociologie générale autour des grands auteurs ; un cours sur l’économique et le social, et des cours plus marginaux sur les économies de l’extrême.

Il sera nommé Ingénieur pédagogique au département formation continue de l’Université Paris-Dauphine de 2013 à 2017. Poste qu’il abandonne pour prendre la direction de l’IRTS. Peu à peu en prenant des postes de direction, Éric Marchandet a continué à enseigner, avec des cours de sociologie des organisations, sociologie des professions, management… Pour mémoire, Éric Marchandet est, du fait de ces liens avec les 2 institutions, co-créateur du Master SEPA[1].

Ce qui a structuré ce master c’était d’avoir des disciplines de gestion, démographie… et en même temps d’apporter une éthique. C’est marcher sur ces deux jambes : le réalisme quand on gère une structure et la capacité à avoir un projet où l’on va préserver des valeurs… Tout un aspect qualitatif est à maintenir à côté du quantitatif. Les 2 dimensions s’échangent en quantité distinctes et pas toujours stables. Ici, en tant que délégué général, ma mission c’est de tenir d’une main la gestion et de l’autre la pédagogie. 

Interview par Marie Christine Girod.

[1]Master 2 Management stratégique des établissements et services pour personnes âgées. Partenariat IRTS et Université Paris-Dauphine.

Photo – ©Eric Marchandet